Historique

L'ancienne paroisse de Petra Rotunda (Cf. Charpillon et Caresme) daterait du haut Moyen Âge et serait issue du défrichement d'une partie de la vaste forêt de Beaumont-le-Roger. Selon les datations par C14 effectuées sur le charbon de bois contenu dans le mortier des murs primitifs de la nef, l'église actuelle a été érigée vers 974 (+/- 30 ans). De cette église primitive subsistent les murs nord et sud de la nef, constitués de silex appareillés en arête de poisson (opus spicatum) noyés dans un mortier d'argile, et percés d'étroites baies en calcaire. Autour de cette église, c'est cristallisé  le noyau primitif de la paroisse et des premières fermes, au sein d'une clairière du massif forestier. La fixation de l'habitat serait liée à la mise en culture de ce nouveau terroir et aux activités métallurgiques comme en témoignent  les ruines d'une forge à quelques centaines de mètres dans un vallon.

Un second pôle d'habitation primitif se situerait au lieu-dit Tertre Hameau, occupé par un petit seigneur local fédérateur de ce groupement d’habitat. Le défrichement de la forêt et la mise en culture du terroir aurait progressé suivant une expansion rayonnante depuis ces pôles d’habitats, en milieu de plateau, et suivant les axes du réseau routier primitif (de Landepéreuse à Beaumont le Roger et de Bernay à Beaumesnil). L'activité métallurgique disparaît à l’époque moderne. Le seigneur de la baronnie de Beaumesnil était patron de la paroisse de Pierre Ronde. Les textes mentionnent, au XVe siècle, Jehan Lieuvrey, seigneur du Pommier-Enté à Pierre Ronde, dépendant de la Vicomté d’Ouche, et en 1562 Guillaume le Louterel, écuyer, seigneur du Pommier-Enté. Leurs armes étaient d’azur à loups cerviers d’or.

A l’époque contemporaine, les dernières parcelles limitrophes à la clairière du terroir sont en partie reconquises par la forêt, marquant le début du déclin de cette paroisse qui se voit rattachée à Beaumesnil le 16 mai 1845, entraînant de facto l’abandon de son église qui avait déjà cessée officiellement d’être une paroisse à la Révolution. Le culte y est pourtant encore pratiqué sporadiquement jusqu’au milieu du XXe siècle. En 1932, l’église est inscrite au titre des Monuments Historiques ainsi que le cimetière au titre des sites naturels. Celui-ci est officiellement désaffecté en 1966, puis l’église en 1968. Vendus en 1966 par la commune, l’église et son cimetière passeront de main en main, notamment entre celles d’un antiquaire de Beaumont-le-Roger qui la dépouillera entièrement. Depuis sa vente, aucun entretien ne fut réalisé sur l’édifice. Son dernier propriétaire privé mourra sous les ponts, endetté, à Paris dans les années 1980, laissant l’édifice à une destruction certaine.

En 1992, Frédéric Epaud, jeune étudiant à Rouen, entreprend son sauvetage. Après avoir retrouvé le descendant du dernier propriétaire, il convainc le conseil municipal de Beaumesnil de racheter l’église et son cimetière pour 5000 francs. C’est grâce à un don de Melle Roux, maire de Beaumesnil, à la commune, que celle-ci accepte le retour de l’édifice dans le domaine public. Plus tard, une seconde parcelle de terrain sera rachetée pour reconstituer l’enclos paroissial. L’association est aussitôt créée et les premiers chantiers de restauration sont réalisés sur le principe du bénévolat avec le soutien financier de la Conservation régionale des Monuments Historiques, de la Direction régionale et départementale de la Jeunesse et des Sports et de la Sauvegarde de l’Art Français. En 2010, Mr Vampa, député-maire de Beaumesnil, fait un don de 7000 euros à l’association pour réaliser les vitraux de l’église.

En 1992, l’église était dans un état lamentable, la charpente prenait l’eau depuis 40 ans, le clocher menaçait de tomber et tout le mobilier avait disparu. Depuis 20 ans, l’association a entrepris la restauration de tout le gros œuvre avec la reprise des fondations, le remplacement de nombreuses poutres maîtresses, la restauration complète du clocher avec sa couverture en essentes de chêne, la  pose de couverture en tuiles anciennes sur le chœur et la nef, la plantation de haies et de pommiers sur le site. L’aventure continue…

 

Description de l’église :

L’église conserve de sa phase primitive les murs nord et sud de la nef. Ils présentent un appareil en silex disposés en opus spicatum ou en arête de poisson, et des petites baies étroites en pierre calcaire avec linteau monolithe, aujourd’hui bouchées. Les analyses par C14, effectuées sur des fragments de charbons issus de brindilles de bois pris dans le mortier ont permis de dater la construction vers 974 +/- 30 ans, ce qui en fait un édifice carolingien, et l’un des plus anciens de Normandie datés scientifiquement. De nombreuses autres églises dans l’Eure possèdent des murs similaires, témoignant aussi de leur grande ancienneté. Au XIIe siècle, le mur sud brûle en partie, comme en témoignent les traces de rubéfaction sur les silex. La partie ouest de ce mur  est reconstruite ainsi que le pignon ouest, avec un appareil en blocage de silex et des pierres de grison pour la baie, le chaînage d’angle et la porte d’entrée. L’angle oriental du mur nord semble aussi dater de cette reprise. A l’époque romane,  l’église possédait un chœur de plan semi-circulaire et une charpente à faible pente avec un plafond de bois.

Au XVe siècle, la charpente romane est remplacée par une charpente voûtée et lambrissée, reposant sur des poteaux, avec un clocher intégré à la première travée. Cette charpente est une structure mixte avec des chevrons-formant-fermes pour la voûte et des fermes et pannes pour la couverture, ce qui représente une grande quantité de bois d’œuvre consommé et un travail remarquable de taille et d’assemblage. Ce système mixte est unique en France et ne se rencontre que dans le Pays d’Ouche où devait exister un atelier de charpenterie spécialisé dans cette technique. Toutes les poutres apparentes sont sculptées et peintes. La baie centrale du mur sud est percée à cette occasion puisque les poteaux sont placés devant les baies romanes.

Au XVIe siècle, une nouvelle baie est ouverte dans le mur sud. Le mur nord devait rester aveugle.

En 1716, le chœur est reconstruit. Une plaque commémorative placée en haut du pignon mentionne les maîtres d’œuvre et le commanditaire : « POUR LA PLUS GRANDE GLOIRE DE DIEU CE CHANCEL A ETE REEDIFIE ET AMPLIFIE PAR M .. DESCHAMPS CURE DE CETTE PAROISSE LA MACONNERIE FAITE PAR JEAN C(G ?)OUST ET SES FILS LA CHARPENTE PAR SIMON DU..IR ET SES FILS 1716 ». La voûte lambrissée a été peinte, de même que le pignon intérieur avec un vaste rideau bleu encadrant le retable. Le mur nord de la nef a été repercé à cette occasion avec des encadrements en brique.

L’église était originellement dédicacée à Saint Jacques et c’est certainement au XVe siècle qu’elle fut réaffectée au culte de Saint-Cyr-Sainte Julitte. Elle possédait un mobilier tout à fait remarquable (voir photo 1938) avec plusieurs statues en bois polychrome des XVe et XVIe siècles, déposées au musée de Bernay, des pierres sculptées (volées), des stalles du XVIIe siècle (volées) et des vitraux du XVIe siècle (déposés au musée de Bernay pour certains, les autres furent détruits). Excepté les statues et quelques vitraux qui furent déposées par la mairie, le reste du mobilier fut volé ou bien heureusement sauvegardé par des habitants soucieux du patrimoine comme le coq du clocher ainsi que la croix du XVIe siècle qui nous ont été restitués et replacés en haut de la flèche. Le coq, criblé de plomb, ne pouvait malheureusement pas être replacé.

Etude des litres funéraires et des registres paroissiaux de Pierre Ronde (par Jean-Jacques Duval) :

 

Dans les registres paroissiaux qui débutent en 1668, on trouve 3 familles de hobereaux à Pierre Ronde : les Le Louterel, les de La Vallée, avec le titre d’ écuyer, et les de Malvoue.

Les Le Louterel ont un blason d'azur à deux loups cerviers d'or, passant l'un au dessus de l'autre. On trouve toutefois une litre de la famille Le Louterel dans l'église de St Aubin sur Risle à Ajou, avec une couronne de marquis, litre attribuée à Charles François Le Louterel qui était  écuyer.  Ce seigneur a été inhumé en 1786 dans le cimetière de cette église.

 

Quant à la litre seigneuriale funéraire peinte sur les murs de la nef de l’église de Pierre Ronde, il peut s’agir d’un seigneur de Beaumesnil qui a été inhumé dans l'église de Pierre Ronde, soit d’un vassal du seigneur de Beaumesnil  avec accord de ce dernier, sinon il y aurait eu procès et effacement de la litre.

Le seigneur de Beaumesnil était patron de Pierre Ronde, d'où peut-être l'explication de la couronne sur la litre. Ils étaient aussi seigneur et patron de Notre Dame de Vieilles et autres lieux. 

Le 8.8.1769, à Pierre Ronde  Magdeleine de Sauche-Bouton, comtesse de Chamilly, baronne châtelaine de Beaumesnil et dame et patronne de Pierre Ronde, épouse de Très Haut Puissant seigneur Monseigneur Louis Robert Mallet, comte de Graville, chevalier des ordres du roi, lieutenant général de ses armées, inspecteur général de la cavalerie et dragons et gouverneur de Maubeuge,  marraine de Magdeleine Andrée Justine de La vallée.

 

Liste des personnes inhumées dans l'église de Pierre Ronde de 1668 à 1753 (années manquantes : 1681 à 1692  - 1694 - 1696 - 1698 - 1700 - 1711 - 1714 - 1725 à 1727) :

La dernière inhumation dans l'église a lieu en 1753, pour ces inhumations il n'y a pas de précision : nef ou chœur  

 

-  Florence de Neufville, femme de Jean Le Louterel , écuyer, sieur du Pommier Enté, âgée de 60 ans environ, inhumée le 19.10.1669

 

-  Elisabeth, femme de feu Jacques Besnard, âgée de 69 ans, inhumée le 27.12.1670

 

-  Catherine Fortin, femme de Jean Le Louterel, sieur du Pommier Enté, inhumée le 22.01.1672

 

-  Rose Michelle, baptisée le 21.03.1672   inhumée le 28.03.1672  fille de Guillaume Michelle et de Jacqueline Besnard

 

-  Louis Le Sueur, âgé 35 ans , inhumé le 11.08.1701

 

-  Jean Le Louterel, écuyer, âgé 77 ans, inhumé le 04.02.1705

 

-  Marie Girard, femme de Henry Le Louterel  écuyer, sieur du Rocray, âgée 44ans, inhumée le 08.11.1705

 

-  Marguerite Godefroy, âgée de 90 ans environ, inhumée le 03.01.1716

 

-  Henry Le Louterel, écuyer, sieur du Rosay, âgé de 45 ans, inhumé le 13.07.1717

 

-  Guillaume de La Vallée, écuyer, sieur du Tronçon, âgé de 74 ans, inhumé le 20.11.1721

 

-  Pierre Louis de La Vallée, écuyer, sieur du Bosc et du Tronçon, né le 03.07.1697 à Pierre Ronde

        fils de Guillaume de La Vallée, écuyer, sieur du Tronçon  et de Marie Anne Morin

        marié avec Marie Anne Le Vellain du Castel, de Granchain

  décédé le 09.01.1753 à Grandchain   inhumé le 10.01.1753 à Pierre Ronde